« Tous les pays qui n’ont plus de légende
Seront condamnés à mourir de froid. »

« L’abrupte « sentence » de Patrice de la Tour du Pin sonne comme un avertissement : préservons nos légendes ! Légende ! Le mot est issu du latin legere ‘lire’. La légende est à l’origine « ce qui doit être lu » à haute voix dans un monastère au cours d’un office ou durant les repas, fragment de la vie d’un saint, récit exemplaire entrelacé d’éléments merveilleux proposé à l’édification des moines, voire, dans les églises, des fidèles. Au commencementle terme relève donc du registre de l’écrit et de la lecture. Ces histoires extraordinaires, nées pour un bon nombre dès la nuit ou l’aube des temps, des hommes les ont inventées, racontées puis enfermées, emprisonnées dans des lettres et dans des mots. Livres dont il faut les dé-livrer.

Les Passeurs de Légendes sont ces magiques libérateurs, les Princes Charmants de ces Belles au livre dormant. Ils ramènent à la vie ces prisonniers d’antiques pages, redonnent corps à ces détenus du parchemin ou du papier : les Tristan, les Lancelot, les  Merlin, les Morgane, les Arthur… Artisans d’évasions, briseurs de frontières, ils nous conduisent au-delà du temps, au-delà du visible, au-delà de notre mémoire. Modernes Orphée, ils ravissent aux Enfers de nos souvenirs effacés les héros disparus. Ils arrachent au pays des morts, au monde de l’oubli, les hôtes de notre mémoire ancestrale.

Certains films s’ouvrent sur une séquence fantastique : un enfant feuillette un vieux grimoire et, voilà que brusquement surgissent un à un comme par magie, vivaces et vivants, les personnages du récit captif, libérés de leur livre-prison. Semblablement, magiciens sans baguette, enchanteurs sans sortilèges, montreurs de légendes comme jadis montreurs d’ours, ces Passeurs donnent voix et visage aux héros d’autrefois, enfouis dans les vieux romans ou les contes d’antan. Mise en images, mise en espace, théâtre de plein vent ! Ils recousent l’étoffe déchirée de nos songes. Ils matérialisent nos rêves perdus. Ils ressuscitent nos enfances aventurières. »

 — Joël H. Grisward

Publicités